Canadian Life and Health Insurance Association Inc.

Répondre aux besoins des Canadiens en matière de pensions - Allocution d'Alain Néemeh, Président du Conseil d'administration (ACCAP)


Date de parution : 04/14/2011
Personne(s)-ressource(s) : Janice Hilchie
neemeh


Allocution - Déjeuner-causerie - Cercle de la finance internationale, Montréal

Alain Néemeh, Président du conseil
Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP)


Merci Monsieur St-Arnault.

Bonjour mesdames et messieurs, distingués invités, merci de m’accueillir au Cercle de la finance internationale aujourd’hui.

Créé il y a maintenant presque 20 ans, votre cercle est un forum particulièrement intéressant pour discuter d’enjeux qui ont de l’impact sur nos sociétés et sur ses acteurs financiers comme ceux de l’Industrie des assurances de personnes.

Je suis honoré par cette invitation, et très heureux d'être ici parmi vous à titre de président du Conseil d'administration de l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes, qui représente environ 95 % de l'industrie.

Même si nous avons tendance à la reléguer à l’arrière-plan de nos préoccupations quotidiennes, la retraite est un phénomène qui évoque à la fois des perspectives réjouissantes comme celle de retrouver pleinement l’usage de son temps, mais qui suscite également des incertitudes voire même des craintes, particulièrement de nature financière.

La question fondamentale que nous pose ce phénomène est donc la suivante : comment, avec le régime actuel des pensions de notre pays, les citoyens pourront-ils continuer d’assurer leur qualité de vie au moment de leur retraite? Les régimes publics et privés seront-ils en mesure de s’adapter et d’offrir un soutien financier adéquat?

Aujourd’hui, j’aimerais justement partager avec vous des réflexions sur l’avenir du système de retraite canadien, sur sa nécessaire évolution et sur la contribution du secteur privé pour toujours mieux répondre aux besoins des citoyens.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous donner quelques éléments de contexte sur l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes, l’ACCAP, dont je suis le président du conseil. L'ACCAP est un organisme sectoriel dont les origines remontent à 1894 et qui représente l’industrie canadienne des assurances de personnes. Ses membres sont des sociétés d’assurances vie et maladie qui ont comme mission d’aider les Canadiens à se protéger contre les risques financiers associés au décès prématuré, à la maladie et à la retraite.

L’industrie canadienne des assurances de personnes contribue de manière importante à l’économie canadienne. Par son offre de produits, elle participe activement à la sécurité financière de 26 millions de personnes au Canada. Cette industrie gère actuellement plus de 70 % des régimes de retraite des petites et moyennes entreprises et la grande majorité des REER collectifs au Canada. Les membres de l’ACCAP assurent également la gestion de plus de 45 000 régimes de retraites, de REER collectifs et d’autres programmes d’épargne pour plus de 4,9 millions de Canadiens, avec des actifs totaux totalisant plus de 105 milliards de dollars.

Notre industrie est constituée de solides sociétés sous contrôle canadien ou étranger lesquelles apportent une grande contribution au Canada, tant sur le plan intérieur qu'international.

Notre industrie est stable et bien capitalisée. Au Canada, le succès de notre industrie fait l’envie de bien des secteurs de l’économie, avec ses 131 000 emplois et ses 475 milliards d’actifs. Notre industrie représente également un bel exemple de réussite sur la scène internationale. En fait, trois assureurs canadiens comptent parmi les 20 plus importantes sociétés d’assurances au monde.

Les assureurs de personnes canadiens sont restés solides pendant toute la crise financière mondiale, ayant su naviguer entre les écueils des marchés du crédit et de la récession qui a suivi.

Vous pouvez maintenant comprendre à quel point les questions reliées à la retraite nous intéressent et pourquoi notre industrie, par sa nature même, est partie prenante de la solution de cet enjeu de politique publique si crucial pour notre avenir collectif.

Au cours des dernières années, notre système d’épargne retraite a fait l’objet de plusieurs interrogations. Alors qu’un grand nombre de Canadiens sont sur le point d’atteindre cette étape de leur vie, certains éprouvent un sentiment d'incertitude quant à leur niveau de vie futur.

En effet, si on se fie aux manchettes des médias et à différents sondages, on pourrait facilement croire que le système de retraite du Canada est mal en point et que bon nombre de Canadiens seront voués à la pauvreté la plus abjecte au moment de leur retraite.

Les Canadiens ont-ils vraiment raison de s’inquiéter?

Certaines tendances récentes pourraient leur donner raison si rien n’est fait pour les corriger.

Prenons le taux d'épargne des Canadiens. Il se situe à son plus bas depuis 30 ans, passant de 20 % du revenu disponible en 1980 à 5 % aujourd'hui.

Par ailleurs, on note que les employeurs du secteur privé continuent de délaisser les régimes de retraite à prestations définies en faveur des régimes à cotisations définies et autres régimes collectifs d'épargne retraite.

Les épargnants individuels ont également été touchés, certains ayant vu leurs avoirs et leurs revenus érodés par le fléchissement des marchés boursiers et la persistance des faibles taux d'intérêt.

Le deuxième facteur est le vieillissement de la population. On prévoit que le pourcentage d'aînés au Canada doublera presque au cours des 20 prochaines années, passant de 13 % à 23 %.

L'accroissement du nombre de retraités pèse lourdement sur le filet de sécurité sociale du Canada. En effet, le vieillissement de la population augmente graduellement le ratio de dépendance, et pousse à leur limite les ressources des contribuables.

Tout ceci se déroule sur un fond de transformation plus global des systèmes de retraite. À l'échelle de la planète, on constate, par exemple, un abandon des régimes à prestations définies en faveur des régimes à cotisations définies et d'autres types de régimes de retraite.

Ainsi, l'actif des régimes à cotisations définies constitue aujourd'hui 42 % de l'actif total des retraites et progresse à raison d'un taux annuel de 6,2 %, contre une hausse de 1,6 % seulement pour l'actif des régimes à prestations définies.

Bien que cette tendance soit moins marquée au Canada, le passage des régimes à cotisations définies et aux REER collectifs se confirme; les employeurs qui offrent des régimes à prestations définies doivent faire face à des difficultés liées au financement, à la responsabilité juridique et à une législation inutilement complexe pour ce type de régimes.

Alors, en dépit des tendances que je viens d’évoquer, peut-on dire que notre système de retraite est pour autant dépassé et mal en point?

Certains croient que oui et ils envisagent des changements structuraux majeurs à notre système de retraite et la création de nouveaux programmes.

Nous ne sommes pas de cet avis.

Selon nous, le Canada possède déjà un système de retraite sain et bien établi. On y trouve une combinaison efficace de régimes publics et privés ainsi que des incitatifs fiscaux intéressants. À ceci s’ajoute le rôle de premier plan des assureurs comme facilitateurs de l’épargne personnelle des Canadiens.

Notre système de retraite figure d’ailleurs parmi les meilleurs au monde selon le Melbourne-Mercer Global Pension Index qui compare plusieurs aspects des systèmes de retraite de différents pays.

Peu de gens le savent également, mais le système d'épargne retraite canadien a permis de réduire le taux de pauvreté chez les personnes âgées de 35 % il y a 30 ans à 5 % aujourd'hui. Par ailleurs, les aînés jouissent d'un revenu moyen qui se situe au troisième rang parmi les pays de l'OCDE. Le Canada a fait d'énormes progrès pour assurer un revenu de retraite plus équitable à ses citoyens.

Évidemment, cela ne signifie pas que notre système ne devrait pas évoluer.

Prenons, si vous le voulez bien, quelques minutes pour y regarder de plus près. Notre système de retraite repose sur trois piliers.

Le premier est constitué des prestations de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti qui sont indexées sur l’inflation et financées à même les recettes générales de l’État. Cette composante vise à assurer une couverture de base. Dans le dernier budget du gouvernement fédéral, le ministre des Finances a d’ailleurs proposé d’ajouter des fonds pour le supplément de revenu garanti. Plusieurs partis politiques ont aussi incorporé la question à leur programme électoral.

La deuxième correspond aux régimes de retraite d’État, soit le Régime des rentes du Québec et le Régime des pensions du Canada. Ces régimes sont financés par les cotisations obligatoires des employeurs et des salariés. Le gouvernement fédéral propose d’y apporter des ajustements modestes si toutes les provinces y consentent. Mais le Québec doit d’abord rétablir la santé financière du RRQ dans le sens proposé par le ministre des Finances du Québec. Considérés ensemble, ces éléments remplacent 25 % du revenu médian d’une personne touchant un revenu de 47 200 $.

La troisième sert à fournir un revenu venant compléter la couverture des besoins essentiels apportée par les deux composantes précédentes. Elle prend appui sur les possibilités d’épargne offertes par le secteur privé et comporte deux volets : les régimes de retraite offerts par un employeur et l’épargne individuelle.

Actuellement, le pourcentage de travailleurs couverts par les régimes de retraite agréés (RRA) est en déclin, se situant à 39 % contre 46 % il y a 30 ans. Par ailleurs, deux millions de travailleurs sont couverts par des REER collectifs offerts par leurs employeurs, mais dont les fonds ne sont pas nécessairement immobilisés pour la retraite. En ce qui concerne l’épargne individuelle, les Canadiens versent plus de 34 milliards de dollars chaque année dans des REER. Cependant, ils n’ont utilisé que 6 % des droits de cotisation qu’ils ont accumulés depuis 1991.

Les sources de revenus de la génération actuelle de retraités proviennent déjà en grande partie des régimes de retraite privés, qu’ils soient collectifs ou individuels. Les femmes retraitées remplacent ainsi 45 % de leur revenu et les hommes, 58 %.

C’est d’ailleurs au niveau de cette troisième composante que se situe le plus grand défi de notre système de retraite. En effet, alors que les travailleurs en grande entreprises et au sein des gouvernements peuvent compter sur un régime de retraite adéquat de leur employeur, ce n’est pas le cas pour un grand nombre de travailleurs du secteur privé. En effet, on estime qu’environ 50 % de ces citoyens n’ont pas accès à un régime de retraite en milieu de travail.

Pourquoi cela est-il important ?

Parce que, de façon générale, le milieu de travail constitue le meilleur endroit pour épargner.

Le problème se posera avec plus d’acuité pour la prochaine génération de retraités. Il est estimé que 30 % des Canadiens touchant un revenu moyen n’épargnent pas suffisamment pour pouvoir maintenir leur niveau de vie à la retraite.

Mais il existe une solution à ce défi, à la fois sur le plan des grandes orientations et des moyens à mettre en place.

En effet, l’Industrie des assurances de personnes croit qu’il est important d’appliquer une nouvelle orientation aux politiques entourant l’épargne retraite à partir de quatre grands principes directeurs.

Premièrement. Les Canadiens doivent continuer de compter sur les gouvernements pour assurer la couverture des besoins essentiels, par les prestations des régimes publics.

Deuxièmement. Les Canadiens devraient être encouragés à épargner plus par le biais d’incitatifs à l’épargne, que ceux-ci soit individuel ou collectif.

Troisièmement. Les Canadiens devraient pouvoir avoir recours aux produits et services du secteur privé pour prévoir au-delà de leurs besoins essentiels. Au Canada, le secteur des services financiers est particulièrement vigoureux, concurrentiel et accessible. Il constitue une ressource qui pourrait être davantage utilisée.

Enfin. Les Canadiens devraient avoir le choix de décider de la façon dont ils épargneront pour leur retraite en fonction de leurs propres besoins et objectifs. L’État ne peut et ne devrait pas tout prendre en charge.

En accord avec ces quatre principes, nous avons proposé aux différentes instances gouvernementales une solution novatrice pour faciliter l’épargne chez les Canadiens, le Régime de pension agréé collectif (RPAC).

Nous croyons que les propositions du ministre des Finances du Canada et le Régime volontaire d’épargne retraite (RVER) proposé dans le dernier budget du Québec répondent à ces orientations.

Au Québec, les entreprises qui n’offrent pas de régime de retraite pourraient proposer un RVER aux employés admissibles sans nécessairement y contribuer, et sans avoir à le gérer puisque ce seraient les compagnies d’assurances ou les institutions financières qui s’en chargeraient. Le regroupement de nombreux régimes permettrait aux participants de bénéficier des économies d’échelle qui jusqu’à maintenant étaient réservées aux grands régimes de retraite.

Les employés admissibles seraient automatiquement inscrits à ce régime par leur employeur, mais auraient l’option de s’en retirer et le régime serait transférable lors d’un changement d’emploi.

Le RVER présenterait des avantages fiscaux similaires à ceux qui accompagnent le REER.

Une majorité de Québécois et de Canadiens voient d’un bon œil la création de tels régimes. Un sondage que nous avons mené en février dernier indiquait, par exemple, que 86 % des Québécois y sont favorables.

Il s’agit d’une voix de plus qui s’ajoute à celle du gouvernement fédéral a celles des dix provinces et des trois territoires qui ont déjà affirmé leur volonté de travailler à offrir le RPAC. Par l’entremise du RVER, le gouvernement du Québec est le premier à mettre en place des mesures concrètes en ce sens. Nous saluons cette initiative avec enthousiasme et nous espérons que les autres gouvernements emboîteront le pas rapidement.

La mise en place de ces nouveaux outils demandera des modifications aux régimes législatif et réglementaire, tant au niveau fédéral que provincial. Les provinces devront également revoir leurs normes d’emploi de manière à permettre l’adhésion automatique des travailleurs ainsi que la hausse automatique des cotisations salariales versées aux régimes de retraite à cotisations définies, avec option de refus dans les deux cas.

Le RVER, qui reprend en bonne partie les propositions de l’Industrie pour résoudre la problématique de l’épargne retraite, s’inscrit davantage dans une démarche d’innovation que de modification du système.

L’objectif ici n’est pas de remplacer les véhicules existants, mais d’ajouter un véhicule pour rejoindre les gens qui n’arrivent pas encore à contribuer. Pensons par exemple au grand nombre de travailleurs à revenu moyen qui travaillent pour des PME ainsi qu’aux travailleurs autonomes.

Dans cet esprit, nous invitons donc les diverses instances gouvernementales à procéder dans les meilleurs délais afin de rendre accessible ce nouvel outil au plus grand nombre de travailleurs canadiens.

Nous sommes conscients qu’il faut de temps à autre évaluer si les régimes d’État continuent de contribuer efficacement à couvrir les besoins essentiels des citoyens à la retraite, et nous sommes favorables à la proposition du récent budget fédéral d’ajustement modeste dans ce sens.

Nous reconnaissons également le bien-fondé des mesures récemment proposées par le gouvernement du Québec, notamment les mesures fiscales destinées aux travailleurs de 65 ans, les incitatifs pour le report de la retraite et la recapitalisation du Régime de rentes du Québec. Tout ceci constitue des pas dans la bonne direction.

En conclusion, je vous dirais que le système d'épargne retraite du Canada est structurellement sain, mais il n'est pas parfait. Il constitue cependant une solide assise de départ pour en assurer l’évolution et le rendre plus performant.

La réalisation de cet objectif exigera de combiner des modifications législatives, des incitatifs fiscaux et des actions d'éducation, le tout dans un cadre qui permettra aux Canadiens de choisir entre divers prestataires de services et instruments d'épargne concurrentiels.

Aujourd'hui, l'Industrie des assurances de personnes au Canada joue un rôle essentiel pour ce qui est d'aider les Canadiens à préparer leur retraite, non seulement au moyen de régimes d'entreprises, mais également grâce aux conseils et aux solutions d'épargne et de revenu viager que peuvent leur apporter les milliers de conseillers financiers qui se tiennent quotidiennement au service des Canadiens dans l'ensemble du pays.

Notre industrie est prête à collaborer avec les gouvernements, les entreprises et les particuliers pour promouvoir un système d'épargne retraite « à la canadienne », c'est-à-dire un système qui n'exclut personne et qui est à la fois pratique et abordable.

Merci beaucoup mesdames et messieurs.